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Mardi 22 Janvier 2008

Yaghmorasen

Fondateur de la dynastie amazighe des 'Abd al Wâd

Yaghmorasen Ibn Ziyan régna entre 1231-6 et 1283 sur tout l'ouest algérien et fit de la ville de Tlemcen une grande capitale, rivale de Fès et de Tunis.
Certains auteurs ont tenté de lui donner une origine arabe mais c'était un Amazigh qui, au début de son règne, ne parlait que le Tamazighte. Lui-même ne croyait pas aux généalogies qu'on voulait lui forger et il répondit un jour, à des courtisans qui tentaient de le faire descendre du Prophète: " Si ce que vous affirmez est vrai, c'est une chose qui nous sera avantageuse devant Dieu et l'autre monde, quant à l'empire d'ici-bas, c'est uniquement à nos épées que nous le devons !". (Rapporté par Ibn Khaldûn).

En 1235-36, Yaghmorasen prit le commandement de son clan, succédant à son frère Abû 'Izza Zegdan Ibn Ziyan. Il s' était imposé, ainsi que le soulignent ses biographes, non pas par la force mais par son courage, son habilité politique et surtout sa piété et son sens de la justice. Il fut aimé et respecté de ses sujets qui l'appelaient dadda, mot amazigh signifiant selon les dialectes, " père ", " frère aîné " ou " grand chef ".

Yaghmorasen fut un grand guerrier. Il combattit les derniers Almohades ainsi que les tribus amazighes et arabes qui contestaient son autorité. Mais ses plus grands adversaires furent les Mérénides, des Amazighes zénata comme les 'Abd al Wad, qui régnaient à la même époque sur le Maroc. Il dut les combattre tout au long de son règne et consentir de grands sacrifices pou leur Reprendre les territoires qu ils lui avaient arrachés. Pour affirmer son indépendance dés Almohades. Yaghmorassen fit supprimer leur cérémonial et leurs titres dans son royaume, mais il concerva le diplome dont ils l'avaient investi. En revanche, il refusa de reconnaître l'autorité de leurs successeurs, les Mérénides. Il s'opposa aussi aux H'afcides de Tunis mais ne remit pas en cause la dignité califale qui leur échue et, pour vivre en paix avec eux, il maria son fils à une de leurs princesses.

Si Yaghmorassen fut un guerrier valeureux, il fut aussi -et c'est son plus grand titre de gloire -un grand mécène. Cet homme illettré qui vécut longtemps sous la tente, fit honneur aux savants du Maghreb et accueillit avec générosité les Iles de lettres et les artistes qui avaient fui l'Andalousie. Il accorda à ces derniers sa protection et en fit ses amis personnels. En retour, ils l'aidèrent à embellir sa capitale et à lui donner une splendeur qui n'avait d'égale que celle de Cordoue que les Musulmans venaient de perdre.

Sa résidence, le meshwar, littéralement, "lieu où on tient conseil", était selon les témoins de l'époque, une véritable oeuvre d'art, chargé de pièces d'eau, de portiques et de plafonds polychromes.

Yaghmorasen fut aussi un grand bâtisseur. Le minaret de la grande mosquée actuelle, dans l'emplacement de l'ancienne Tagrart, fut édifié sous son ordre. Lorsque les architectes lui proposèrent, à la fin de l'ouvrage, de faire graver une dédicace à son nom, il s'y opposa en disant: "Yessen Rabbi'" en Tamazighte : "Dieu le sait". Cette anecdote donne la mesure de la piété mais aussi de la modestie de ce grand roi qui mourut en 1283, à l'âge de soixante-seize ans et après un règne de quarante quatre ans. Sa réputation avait dépassé les frontières du Maghreb. L'auteur espagnol de la Chronique d'Alphonse XI écrit à son propos : "Comorasen était un homme très courageux car on dit que dans ce temps, il n 'y avait pas de chevalier maure qui put le vaincre dans le combat d'homme à homme."

Mardi 22 Janvier 2008

AUGUSTIN
Le plus célèbre père de l'Eglise catholique et écrivain de langue

Augustin naquit en 354 à Thagaste, aujourd'hui Souk Ahras, au nord-ouest de l'Algérie et mourut en 430 à Hippone, aujourd'hui Annaba. Son père, Patricius, petit propriétaire foncier, était païen, sa mère, Monique était chrétienne.
Il fit ses première études dans sa ville natale, puis se rendit à Madaure (aujourd'hui M'daourouch). Son père manquant d'argent, il dut rentrer chez lui. Il avait seize ans et connaissait déjà une jeunesse dissipée qu'il devait fustiger plus tard. La générosité d'un riche ami de la famille lui permit d'aller à Carthage suivre des cours de rhétorique. Il fut un élève studieux mais il ne tarda pas à succomber à la débauche dont la grande métropole africaine était, selon lui, la capitale. Il découvrit les grands auteurs latins, particulièrement Cicéron et essaya, par amour pour sa mère qui voulait le convertir, de pénétrer dans les Ecritures chrétiennes, mais il n'y parvint pas. En revanche, il se laissa séduire par les idées manichéennes.

En 374, il commença une brillante carrière d'enseignant, à Thagaste d'abord puis à Carthage. Il prit une concubine dont il ne révéla pas le nom et eut d'elle son seul enfant, un fils du nom d'Adéodatus.

En 380, il rédigea son premier ouvrage, De pulcho et apto, (Le beau et le convenable), inspiré par la pensée manichéenne. Mais la rencontre, en 384, de Faustus de Milev, le principal représentant du courant manichéen en Afrique, le déçut et l'éloigna de la doctrine. D'ailleurs, il avait décidé de changer d'horizon.

Il se rendit d'abord à Rome puis à Milan où il obtint une chaire de rhétorique. Sa situation s'étant améliorée, il fit venir sa concubine et son fils. Monique qui avait décidé de mettre un terme à la vie de débauche de son fils, en le mariant avec une fille qu'elle avait choisie pour lui, le rejoignit. Augustin fut contraint de renvoyer sa concubine en Afrique, mais garda son fils. La même année, il retrouva deux amis d'enfance, Nebridus et Alypius, qui venaient de s'installer à Milan. Sous leur influence sans doute, il s'intéressa aux oeuvres néoplatoniciennes qui l'emmenèrent à la lecture des Evangiles et des Epîtres de Paul.

Un jours du mois d'août 386, alors qu'il se trouvait dans le jardin du logis qu'il occupait, il entendit une voix d'enfant crier: "Prends ! Lis !" Il interpréta ce cri, qui faisait sans doute partie d'une comptine, comme un oracle et décida, à la grande joie de Monique, de se convertir au christianisme qui était très proche de lui, se convertit aussi. Les deux hommes décidèrent de rompre toute attache avec le paganisme et de mener une vie consacrée à Dieu.

Augustin démissionna de sa chaire de rhétorique et passa son temps à étudier les Ecritures. Il écrivait aussi ses premiers dialogues : Contra Academicos, Vita beata, Dze ordine, Soliloquia… A Pâques 387, il reçut le batême des mains d'Ambroise, l'évêque de Milan. Alypus et Adéodat se convertirent également et, avec Augustin et Monique, ils formèrent une petite communauté.

La même année ou peut etre plus tard, le groupe décida de rentrer en Afrique. C'est au cours du voyage que Monique, tombée malade, mourut.

Après un bref séjour à Carthage, Augustin décida de se fixer à Taghaste, sa ville natale et d'y mener, en compagnie de son fils, Alypius et d'autres amis chrétiens, une vie monastique. La plus mort prématurée d'Adéodat, le poussa à couper tout lien avec le passé et à se consacrer à la rédaction de son œuvre.

En 391, alors qu'il se trouvait à Hippone, l'évêque de la ville, Valerius, évoqua, au cours d'un office religieux, la nécessité de doter la communauté d'un prêtre. Les fidèles se saisirent alors d'Augustin, dont la réputation était parvenue jusqu'à eux, et lui imposèrent la charge. Il fut aussitôt ordonné et il reçut, fait unique dans l'histoire de l'Eglise d'Afrique, le droit de prêcher en chaire.

On venait de partout pour écouter ses sermons et son exposé sur la foi et le symbole (Defide et symbolo), présenté au concile des évêques d'Hippone, en 393, établit définitivement sa notoriété. En 395, il succéda à Valerius qui venait de mourir. Une carrière épiscopale, longue de trente ans, commençait pour lui.
La première initiative du nouvel évêque fut d'entreprendre la lutte contre les partisans de Donat dont le schisme avait alors gagné toute l'Afrique. Déjà, quand il était prêtre et évêque auxiliaire, Augustin avait essayé de dialoguer avec les donatistes dans l'espoir de les ramener à l'orthodoxie mais ses efforts avaient été voués à l'échec.

Après sa nomination à la charge d' évêque, il entra en contact avec Honoratus, évêque donatiste d'un diocèse proche d'Hippone, puis avec Crispinus, évêque de Calama (Guelma) qui avait accepté de débattre avec lui mais par lettres. Ces tentatives, non plus, n'eurent pas de succès mais elle permirent à Augustin d'approfondir sa réflexion sur le schisme et de développer toute une argumentation pour le combattre. Ce seront les grands traités anti-donatistes : d'abord le Psalmus contra partem Donati, ébauché dès 394, le Contra epistulam Parmeniani, le De baptismo, le Contra Cresconium etc.

C'est dans ces épîtres qu'Augustin formula le redoutable principe de la "terreur utile", c'est à dire de la répression par les pouvoirs publics du schisme pour obliger les hérétiques à revenir à l'orthodoxie. C'est ainsi qu'après la guerre de Gildon, il soutint la répression qui s'abattit sur les insurgés ainsi que sur les donatistes qui les avaient soutenus. Toutefois, devant l'ampleur des exactions, il incita le proconsul à la modération.

L'empereur proclama, en 410, la liberté de culte dans tout l'Empire. L'Eglise d'Afrique s'opposa à cette mesure qui donnait le champ libre aux donatistes. Elle obtint que l'on retire le décret et que l'on condamne les hérétiques à la peine de mort ou au bannissement. Elle obligea les chefs hérétiques à se rendre à une assemblée de Carthage (411) pour une ultime confrontation. Mais l'assemblée se transforma en tribunal. Augustin fit le procès du schisme et obtint de l'arbitre de la conférence, qui était son ami, la condamnation définitive du schisme. Il rédigea un résumé de son argumentation et le fit suivre d'une lettre, Ad donastistas post conlationem, qu'il fit lire dans tous les diocèses d'Afrique.

Augustin eut aussi à combattre d'autres s qui s'étaient répandus en Afrique, principalement le pélagianisme, fondé par un moine Pelage, qui soutenait que l'homme pouvait assurer lui-même son salut sans la grâce divine. L'évêque d'Hippone rédigea plusieurs traités pour réfuter la doctrine: De natura gratia, De gratia libero arbitrio, De dono perseverantiae etc.

Missionnaire infatigable, Augustin déploya grands efforts pour convertir les hérétiques. Pour renforcer l'autorité de l'Eglise, il procéda à création de plusieurs évêchés et se déplaça plusieurs reprises pour régler des problèmes locaux. L'affaire la plus célèbre qu'il eut à traiter fut celle d'Antoninus qu'il avait placé lui-même à la tête de l'évêché de Fussala et qui avait profité de sa position pour dépouiller ses coreligionnaires.

Augustin mourut en 430, l'année même où Vandales, conduits par Genséric, s'emparaient de Carthage.

Outre les centaines de sermons et d'épîtres qu'il rédigea, Augustin est l'auteur d'ouvrages théologiques qui comptent parmi les plus importants de la religion chrétienne. Le plus célèbre est la Cité de dieu (De civitate Dei) où il réfute les arguments développés par les adversaires du christianisme qui lui imputaient les malheurs du monde. On y trouve, en plus d'une défense de la chrétienne, une critique sévère de l'Etat romain; miné par les luttes intestines, il prit cependant sa défense et, pour éviter l'anarchie qu'occasionnerait sa chute, il recommanda aux fidèles de lui obéir.

Un autre ouvrage célèbre d'Augustin est son autobiographie, Les confessions, qu'il écrivit entre 397 et 398 fait le récit de sa vie et de son oeuvre épiscopale mais il y confesse aussi ses péchés et ses erreurs de jeunesse pour montrer que l'homme, livré à ses désirs et à ses instincts, ne peut se libérer du péché. Comme dans La cité de Dieu et tes Epîtres, on retrouve cette image de l'homme perdu par ses péchés et sauvé par la grâce. Sa théologie exerça une forte influence sur la pensée occidentale et on en trouve des traces jusque dans l'existentialisme chrétien, illustré par des philosophes comme l'Allemand Karl Jaspers et le Français Gabriel Marcel.

Mardi 22 Janvier 2008

AKSEL
(ou Kusila)
Prince amazigh du 7eme siècle après J.C, chef de la résistance à la conquête arabe

Son nom est orthographié de différentes façons par les auteurs musulmans: Kosayla, Qosayla, Kusila. On l'a rapproché du nom latin Caecilianus, Cécilien, prononcé Kekilianus et entendu par les arabes Kacilia. C'est une hypothèse vraisemblable quand on sait que Kusila était chrétien, mais son nom peut aussi provenir du amazigh. Les dialectes amazighs de l'Aurès, dont était issu Kusila, connaissent encore une racine KSL dont dérive aksil, le nom du guépard. Un autre nom amazigh du guépard, aghilas / ghilas, est bien employé comme nom propre au mont Chenoua, à l'ouest d' Alger.
Kusila était le chef de la puissante tribu des Awraba qui occupait toute une partie des Aurès. il avait d' abord combattu les Arabes, mais battu à la bataille d' Al Alurit, aux sources de Tlemcen, il fit sa soumission et se convertit à l'Islam (675). il réussit à gagner la confiance du chef musulman Abû al Muhadjîr Dinâr et devint même l'un de ses proches collaborateurs.

En 681, 'Uqba Ibn Nafi'ê, le fameux conquérant de l'Afrique du nord, rappelé quelques années plus tôt en Orient, revint au Maghreb. Il se vengea de son successeur Abû Dinâr et traita avec dureté Kusila qui était pourtant musulman. Il le fit couvrir de chaînes et le traîna comme un trophée vivant dans sa chevauchée à travers le Maghreb.
"Parmi les traits insultants qu'il se permit envers lui, on raconte le suivant: il venait de recevoir des moutons et, voulant en faire égorger un, il ordonna à Kusila de l'écorcher" " Que Dieu dirige l'émir vers le bien! dit le chef amazigh. J'ai ici mes jeunes gens et mes serviteurs qui pourront m'éviter cette peine. " 'Uqba y répondit par des paroles offensantes et lui ordonna de sortir: Kusila se retira avec colère et ayant égorgé le mouton, il essuya sa main encore sanglante sur sa barbe. Quelques Arabes s'approchèrent alors et lui dirent: "Que fais-tu amazigh ?" A quoi répondit: "Cela est bon pour les poils" Mais vieillard d'entre les Arabes passa et s'écria : " Ce n'est pas pour cela, c'est une menace que ce amazigh vous fait !" Alors, Abû Muhadjîr Dinâr S'adressa à 'Uqba et lui dit: "Que viens-tu de faire ! Voilà un homme des plus distingués parmi son peuple, un homme qui était encore polythéiste il y a peu de temps et tu prends à tâche de faire e la rancune dans son cœur ! Je te conseille maintenant de lui faire lier les mains derrière le dos, autrement tu seras victime de sa perfidie. " " (D'après al Nuwayrî.)

Kusila réussit, en effet, à s'enfuir et à rejoindre ses hommes. Il abjura l'Islam et, s'alliant aux byzantins, il reprit, à la tête d'une grande armée, guerre contre les Arabes.

Il surprit 'Uqba près de Tehuda, non loin de Biskra et, après une terrible bataille, il le tua ainsi que la plupart de ses hommes (633).
Kusila marcha alors sur Kairouan, la place forte des arabes et l'enleva. Il berbérisa son nom en Taqirwant et en fit sa capitale. Il se fit couronner et régna pendant cinq ans, de 633 à 638. Son autorité fut reconnue par tout le monde et, de l'avis même des auteurs musulmans, il traita avec justice ses sujets amazighs et Arabes et laissa ces derniers pratiquer librement leur religion. Cependant, Kusila ne réussit ni à regrouper les amazighs ni à créer un État. En 638, le calife' Abd al Malek envoya des renforts avec, pour mission de reprendre Kairouan. Zuhayr Ibn Qays, ancien compagnon de 'Uqba, marcha sur Kusila. Celui-ci, devant l'importance des forces ennemies, se replia, appelant à l' aide les tribus de l'Aurès et les Byzantins, mais il ne reçut pas les renforts attendus. A la fin, les Arabes, plus nombreux, remportèrent la victoire. Kusila fut tué et les amazighs qui avaient échappé au massacre furent dispersés. Ainsi prit fin la résistance de Kusila. Mais quelques années après, les Aurès s'enflammèrent de nouveau, avec cette fois-ci, une femme à la tête de la résistance: Kahina.

Mardi 22 Janvier 2008

DIHIA

(ou la Kahina )

Ame de la résistance amazigh à la conquête arabe

Kahina " prêtresse, devineresse" est le surnom par lequel les historiens arabes désignent cette reine berbère du 7-8 ème siècles de l'ère chrétienne. Selon les mêmes historiens, son véritable nom serait Dayhia fille de Matiya ben Tifan ou encore Damiya fille de Yunafiq. On trouve encore Dihiya et Dîyya.

On a beaucoup polémiqué sur la religion de Dihiya. Certains auteurs pensent qu'elle est juive, à cause de sa tribu, les Djerawa, qui, selon Ibn Khaldûn, était largement judaïsée au 7ème siècle. D'autres pensent qu'elle était chrétien tirant en cela argument de sa filiation (Matiy et Tifan sont des déformations de Mathieu et Théophane) mais aussi du nom de Damiya qui était sans doute un diminutif du nom latin
Damiana. En fait, en l'absence d'informations précises, on ne peut trancher ni pour l'une ni pour l'autre de ces hypothèses et Dihiya pouvait être juive, chrétienne et même païenne. D'ailleurs, un auteur musulman, al Malikî, écrit que pendant sa retraite, Dihiya était accompagnée d'une grande idole en bois, transportée sur un chameau. Il pourrait s'agir d'une divinité berbère et non forcément, comme on l'a écrit, d'une statue du Christ ou de la Vierge Marie.

Quoi qu'il en soit, Dihiya était une reine authentiquement berbère. Quand elle apparut sur la scène, elle devait être déjà âgée. Elle aurait régné près de trente cinq ans sur les Aurès et serait morte à 120 ou 127 ans. Cette longévité est peut-être exagérée mais elle n'est pas invraisemblable quand on sait la vigueur et la force des Berbères.

Selon AI Waqidî, c'est la mort de Kusila qui détermina Dihiya à livrer la guerre aux Arabes. Mais elle avait déjà participé, aux côtés du prince berbère, à la bataille de Tehuda au cours de laquelle fut tué 'Uqba Ibn N'afi'ê (683).
Le calife 'Abd al Mâlîk chargea le gouverneur d'Egypte H'asân ben Nu'mân, de réduire la révolte au Maghreb. Il se mit en marche en l'an 69 de l'Hégire (688-689) et, après avoir pris Carthage et chassé les Byzantins, il prit la route des Aurès.

"H'asân, écrit Ibn Khadûn, demanda qui était le prince le plus redoutable parmi les Berbères, et ayant appris que c'était la Kahina, femme qui commandait à la puissante tribu des Djerawa, il marcha contre elle et prit position sur le rebord de la rivière Miskiana."

La rencontre eut lieu sur l'oued Nini, au nord de Khenchla : les troupes berbères qui se trouvaient en aval se jetèrent sur les Arabes qui étaient en amont et les taillèrent en pièces. En souvenir de cette défaite, les Arabes surnommèrent l'oued Nini, Nahr al bala', la rivière des malheurs. Et les preuves n'étaient pas finies pour eux. Après les voir forcés à prendre la fuite, Dihiya les poursuivit et les combattit de nouveau. Elle les obligea à quitter l'Ifriqya et à se réfugier, sur l'ordre du calife 'Abd al Malîk, dans la province de Tripoli.
Dihiya rentra chez elle et, dans un geste de générosité, elle prit sous sa protection l'un de ses prisonniers arabes, Khâlid ben Yâzid. Elle lui donna le sein et, simulant l'allaitement, elle fit de lui son fils adoptif.

En 698, H'asân ben Nu'mân revint avec des renforts, il dispersa les troupes de Dihiya et s'empara de Carthage. Le général arabe sema la discorde parmi les Berbères, poussant une partie d'entre eux à abandonner la vieille reine. Celle-ci, loin de se décourager, continua la lutte avec les hommes qui lui restaient fidèles. Sentant la fin approcher et voulant sauvegarder 1'avenir, elle recommanda à ses fils de se convertir à l'Islam et de changer de camp. L'historien Ibn al Hakîm rapporte qu'elle s'adressa en ces termes à Khalîd ibn Yâzid :

"Je vais périr et je te recommande de t'occuper de ton mieux de tes deux frères que voici. Je crains, répondit Khâlid que si tu dis vrai, ils ne puissent échapper à la mort -Que non ! l'un d'eux même jouira, chez les Arabes d'un prestige plus grand qu'il n'en a aujourd'hui. Pars, assure- toi de la vie de mes fils!"

Elle ne savait pas qu'en ce moment là, Khâlid allait la trahir. Alors qu'elle s'apprêtait à livrer de nouveau combat, il avait averti H'asân de ses positions, en lui envoyant un message dissimulé dans du pain.
Le combat eut lieu au pied des Aurès. Dihiya, sur le point d'être battue, tenta de se réfugier dans une citadelle byzantine de la région de Biskra mais son adversaire la talonna et la poussa plus avant. La dernière bataille se serait déroulée à Tarfa, une localité à une cinquantaine de kilomètres au nord de Tobna. Selon la tradition, Kahina fut tuée devant un puits qui porte depuis son nom: Bîr al Kahîna, le puits de la Kahina.
Sa tête fut tranchée et envoyée comme trophée de guerre au calife. Ses deux fils qui étaient passés à l'Islam eurent la vie sauve et Ibn al Nu'mân nomma l'un d'eux commandant de ses troupes, réalisant ainsi la prophétie de sa mère. Les Arabes purent ainsi se concilier les Berbères qui se convertirent en masse à l'Islam.
La Kahina fut accusée par les auteurs arabes d'avoir pratiqué la politique de la terre brûlée : sur le point d'être vaincue, elle aurait préféré brûler les villes, les villages et les récoltes plutôt que de les abandonner à l'ennemi. En fait la Byzacène, théâtre des combats de la Kahina et des Arabes, était depuis longtemps livrée au pillage aux incursions des Arabes. En accusant l'héroïne berbère de ce forfait les historiens arabes voulaient sans doute la discréditer et justifier surnoms de "prêtresse" et "sorcière" qu'ils lui avaient donnés.

Mardi 22 Janvier 2008

MESHER, MEGHIEY, SHESHONQ
Conquérants, chefs de guerre et pharaons berbères d'Egypte

Dés préhistoire, on assiste à une pénétration des populations berbères en Egypte. Les tout premiers documents archéologiques égyptiens, les mentionnent sous le nom de THNW, Tehenu, et les bas-reliefs les représentent, tantôt confrontés aux souverains égyptiens, tantôt en rois et reines triomphants.

Les sources égyptiennes citent également les grandes tribus berbères avec lesquelles l'Egypte était en contact : les Temehu, qui s'étaient installés à une époque immémoriale sur la rive occidentale du Nil, dans le disert égyptien, les Tehenu, plus au nord, sur les côtes de la Méditerranée et, plus à l'est, dans la Libye actuelle, les Lebu (ou Rebu) et les Mashawash. C'est du nom de Lebu que dérivent les mots Libyen et Libye, chez les Grecs et les Romains, d'abord pour designer les Berbères des régions de l'Est ainsi que leur pays, puis l'ensemble des berbères et le Maghreb actuel.

Au tout début, les Berbères se rendaient en Egypte pour échanger des produits de leur pays, principalement du bétail et une essence aromatique que les Egyptiens appelaient essence de Libye, contre du grain. Beaucoup de Libyens en profitèrent pour s'installer sur le bord des lacs, près du Nil, participant à la création des grandes villes qui allaient former le noyau à partir duquel se constitua la civilisation égyptienne et les dynasties pharaoniques. Un historien comme Gordon Childe soutiendra que c'est la rencontre de la civilisation libyenne avec les cultures autochtones qui provoqua l'avènement de la première culture prédynastique de l'Egypte.
Les Libyens ne s'assimilèrent pas aux Egyptiens : ils en sont toujours distingués, sur les fresques, par leur physique (notamment une gabelle saillante), leurs cheveux nattés et leurs barbes terminées en pointe ainsi que leurs vêtements (longues tuniques) et les éléments de leur coiffure (plumes d'autruches). Ils avaient aussi gardé l'usage de leur langue et si celle-ci a pu être influencée par l'égyptien elle exerça aussi une influence sur lui. Les spécialistes de l'égyptien ancien relèvent dans les dialectes des régions où vivaient les Lybiens de nombreuses formes berbérisantes, signe d'un contact prolongé entre les deux langues.

D'incursions et d'occupations tolérées, les Libyens passèrent aux invasions, brisant les fortifications établies par les pharaons. Des tribus, hommes, femmes, enfants et bétail, s'installèrent sur les terres conquises par les armes. Ils s'allièrent à d'autres envahisseurs, les fameux peuples de la mer dont parlent les sources égyptiennes : peuples du nord de la Méditerranée, Sémites, Asiatiques. ..

Le pharaon Thoutmosis III (16ème siècle avant J.C) avait édifié des forteresses tout au long des côtes jusqu'à l'ouest du Nil pour protéger le pays. Ramsès II les renforça au cours de son règne et refoula les Libyens jusqu'au désert. Mais ne parvenant pas à se débarrasser totalement d'eux, il essaya de se les concilier, en intégrant un certain nombre d'entre eux dans son armée.

C'est au cours du règne du pharaon Mineptah (1224-1214 avant J.C) qu'eut lieu la grande invasion des Libyens et des peuples de la mer, menés par le Libyen Meghiey, fils de Ded, de la tribu des Lebu. Les guerriers, au nombre de 25.000, pénétrèrent par la mer et le désert : l'Egypte affolée jeta toutes ses forces dans la bataille qui a eu lieu dans le delta du Nil. Les coalisés, vaincus, laissèrent sur le champ de bataille 8500 morts et 900 prisonniers. Meghiey dut s'enfuir avec sa famille, abandonnant tous ses biens. S'il avait remporté la victoire, il n'y a pas de doute que l'histoire de l'Egypte, voire du monde méditerranéen, aurait été différente !

Ramsès III (1198-1166 avant J.C) dût faire face à une autre invasion. Cette fois-ci, les Lebu et les Mashawash s'étaient coalisés avec le peuple des Seped et s'étaient présentés en masse devant le pharaon: prétextant une coutume de vassalité qui les liait aux souverains égyptiens, ils venaient demander au pharaon de leur donner un roi.

Ramsès acceda à leur demande en d ésignant à leur tête un Libyen élevé en Egypte mais il finit comprendre que l'intention des Libyens est d'occuper le pays. Il mobilisa donc ses troupes leur livra bataille. Les Libyens étaient menés par Mesher, fils de Kaper : la guerre dura six moi et se solda par la défaite des Libyens et de leurs alliés. Une fois de plus l'Egypte échappait à libyanisation qui aurait changé son histoire.

Malgré ces défaites, les infiltrations libyennes se poursuivirent tout au long des siècles.

LesLibyens sont nombreux dans les compagnes et dans les villes où des centaines d'entre eux servaient dans l'armée égyptienne. Certains de ces soldats s'érigèrent même en chefs féodaux, commandant à leurs compatriotes, s'arrogeant des droits et dés privilèges que les Egyptiens eu mêmes reconnaissaient.

En 945 avant J .C, un membre de la tribu Mashawash devint, à Bubastis, pharaon, sous nom de Sheshonq 1er, fondant la première dynastie berbère d'Egypte. Sheshonq avait vaincu les armées égyptiennes et avait même envahi la Palestine. La Bible qui l'appelle Sesac, rappol qu'il avait écrasé les troupes du roi de Judée Roboam et pillé les trésors du temple de Salomon à Jérusalem. Des fresques du mur nord du temple d'Ammon, à Karnak, célèbrent cette éclatante victoire du souverain berbère qui compte parmi les pages les plus prestigieuses de l'histoire de l'Egypte.

D'autres rois succédèrent à Sheshonq, tel Osorkon II qui régna de 874 à 850 avant J.C et dont lès exploits guerriers sont rapportés par les chroniques égyptiennes. Osorkon fut également un souverain éclairé, dont le règne fut parmi les plus brillants des dynasties berbères d'Egypte.
Des reines libyennes sont également mentionnées, à l'exemple de Karomama dont la statuette d'or, aujourd'hui conservée au Musée du Louvre, compte parmi les chefs-d'oeuvre de l'art égyptien.
Des Libyens occupèrent aussi de hautes charges sacerdotales. On cite, entre autres, Nitocris, qui portait le titre prestigieux d'épouse d'Ammon, fille du pharaon Psammétique 1er qui régna de 664 à 610 avant J.C.

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